Démocratie malienne : les recettes d’un Universitaire malien du Canada

« Pour redresser le Mali, il suffit que le dirigeant ait une conception segmentaire du pouvoir. C’est-à-dire qu’il soit pour le Peuple le miroir de la justice, incorruptible, autrement dit qu’il ne soit point traitre à son serment envers le Peuple. S’il n’est guère pourri, le peuple suivra son exemple, car au Mandé, on convient toujours que ‘’KAMI -BÈ-BA À NYÈ MOGO DE TON FLÈ’’, c’est à dire que le corps ne s’étiole que lorsque la tête est pourrie ». C’est du moins la réflexion de notre compatriote Diarra Bakary Sidiki N’Badiallah Boniface, Universitaire vivant au Canada, face à la crise sociopolitique dont le Mali connait depuis quelques mois et à laquelle, il entend apporter des pistes de solution.

En effet, en plus de la CEDEAO, la recherche de solution ponctuelle à la crise politico-institutionnelle, relative à l’exigence de démission du Président IBK sous la poussée du M5-RFP, interpelle tous les fils et filles du pays.

Selon Diarra Bakary Sidiky N’Badiallah- Boniface, la clé donnant accès à une solution satisfaisante à la crise sociopolitique malienne doit être forgée dans le témoignage du Peuple malien sur lui-même. Seul ce témoignage est susceptible de restaurer la relation de confiance entre les populations et les autorités étatiques.

La crise que vit le Mali restera gravée dans la mémoire collective pour avoir mis en lumière le poids considérable du leadership religieux dans la mobilisation politique au Mali, comme c’est d’ailleurs, déjà, le cas au Sénégal dès l’aube de la proclamation d’indépendance de ce pays en 1960, où les Mourides pèsent de tout leur poids dans l’orientation des Affaires de l’État.

Certes, les problèmes auxquels sont confrontés les gouvernants au Mali comme ailleurs en Afrique sont immenses. Mais cette situation interpelle leur responsabilité à tous les niveaux :

« On ne saurait absoudre trop facilement des actes gouvernementaux qui, manifestement, jardinent l’insécurité, la précarité, l’injustice et l’excroissance des inégalités sociales en société », a-t-il affirmé.

L’Universitaire Diarra pointe du doigt les intellectuels maliens : « Ici comme ailleurs, héritiers de la gestion des indépendances formelles, ils n’ont pas cru bon d’inventer des outils de la construction des États nouvellement parvenus à la personnalité juridique interétatique. Au contraire, ils ont fait usage des instruments de la domination coloniale de l’Afrique des matériaux de construction de la souveraineté interétatique formelle acquise au sein de l’organisation des Nations Unies ».

Au Mali d’aujourd’hui, pendant que les manifestations se succèdent au rythme des propositions et contre-propositions pour la captation de la chefferie de l’État patrimonial, on serait tenté de penser que des protagonistes en oublieraient que le Mali et les pays du Sahel subissent une guerre d’agression. Et au même moment, le pays continue de plonger dans l’impasse. La situation reste donc tendue et expose davantage le Mali à ceux qui veulent, impunément, le détruire et faire main-basse sur ses richesses du sol et du sous-sol.

Il y a donc urgence à puiser dans notre patrimoine culturel pour trouver une solution à la tragédie malienne. Pour ce faire, il conviendrait de rompre avec les errements du discours parlementocratique et de se mobiliser sur le socle des valeurs de nos Ancêtres pour gagner la guerre injuste.

Pour M Diarra, le Mali et les pays du Sahel ont plus besoin d’un leadership politique fort et honnête, ancré dans la culture africaine, plutôt que d’insipides répliques de la parlementocratie euro-occidentale, faussement appelée « démocratie » imposée :

« Le pouvoir politique en Afrique doit être fondé sur de la conception « consociationelle » et non hiérarchisée du pouvoir. La faute politique majeure des pays du Sahel, c’est de penser que la parlementocratie, l’antidote que les Peuples euro-occidentaux ont élaboré contre le venin du despotisme doit servir à contrer le poison du néocolonialisme ».

L’universitaire fait plusieurs propositions dont, entre autres, la mise en place d’un « Conseil Exécutif de Défense du Peuple et du Territoire de la République du Mali et des pays du Sahel (CEDPT) ». Ce Conseil veillera à la pacification, la restauration de l’intégrité du territoire, la mise en état de l’administration et des services aux citoyens, l’organisation du retour des réfugiés.

A cela, il ajoute, la conception et l’adoption d’une nouvelle constitution (Kurukan Fuga II) et la mise en place des institutions représentatives sur la base d’une conception segmentaire du pouvoir qui devrait être constitué de réels penseurs et techniciens compétents, ne dépassant guère 9 membres ou ministres, formant le gouvernement de transition.

De plus, pour M Diarra, la société malienne trouve toujours son harmonie dans la concertation. Elle y réalise toujours, plus que la conception personnalisée du pouvoir de décision, la communion des esprits et des volontés.

Andiè Adama DARA

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