Economie malienne : et évolution du cours de l’or

Quatrième d’Afrique (49 tonnes) derrière le Ghana (1er, 158 tonnes), le Soudan (2ème, 127 tonnes) et l’Afrique du Sud (3ème, 119 tonnes), l’or occupe une place très déterminante dans l’économie malienne.

Au Mali, le métal jaune c’est une contribution de 6pc à la croissance économique, soit 65 à 70 pc des recettes d’exportation et 21 à 28 pc des recettes fiscales ; 1 280 milliards de FCFA comme revenus directs, et près de 15 000 emplois directs et 3 000 emplois indirects (Ministère des Mines et du Pétrole, officiel). C’est dire qu’il constitue un levier stratégique pour la dynamique économique.

Dans une situation de commerce international en plein essor, cette hausse peut engendrer une augmentation des recettes d’exportation, si ces dernières sont indexées sur le niveau général des prix de l’or à l’international.

Nonobstant, faudrait-il que les firmes multinationales s’inscrivent dans une dynamique de transparence et que le dispositif de prélèvement des recettes soit à la fois fort et crédible.

Mais au-delà de la faiblesse de ce dispositif au Mali et de la forte puissance des multinationales, aussi des nombreuses exonérations d’impôt accordées par l’Etat à ces dernières au nom de la stimulation des investissements directs étrangers, alors qu’elles constituent tout simplement une forme de bradage des ressources naturelles qui ne profitent qu’à un cercle restreint du pouvoir, des entreprises multinationales et leur bande ; il convient de préciser que l’augmentation de ce cours intervient dans un contexte où les volumes d’exportation et d’importation entre les différents continents est en chute libre depuis le début de l’année avec la situation critique de la maladie à coronavirus. Ce qui, au-delà de l’or, joue sur le solde commercial du Mali qui, structurellement est déficitaire (le Mali importe plus qu’il n’exporte).

Quand bien même que les frontières commencent à s’ouvrir pour certains pays, le Mali n’est que dix-septième mondial dans la classification des pays producteurs d’or.

Le jeu du commerce international est régi par des normes de liberté de marché sans pitié, et les puissants, dans une optique de concurrence féroce, n’ont jamais d’état d’âme pour les faibles.

Pour des raisons propres aux réalités du marché, des grandes industries qui utilisent l’or comme matière première, auront toujours des stratégies visant à diminuer son cours. C’est une logique élémentaire microéconomique de rendement d’échelle croissant : minimiser les coûts de production afin de maximiser le profit. De surcroit, une économie tributaire des tempêtes des cours des matières premières fonctionne dans une incertitude absolue, et expose dangereusement ses ressources publiques, ses dépenses et de facto son solde budgétaire (aussi structurellement déficitaire, les dépenses supérieures aux recettes – une économie d’endettement), parce qu’en plus de la liberté du marché international, plusieurs autres facteurs telle qu’une maladie (coronavirus), une catastrophe (tremblement de terre, inondation) ou une guerre commerciale ou militaire, influencent facilement le niveau général des prix de ces matières premières à la baisse ou à la hausse cela, pour une durée indéterminée.

C’est donc le vieux débat sur les visions stratégiques de transformation structurelle de l’économie malienne à travers un secteur industriel performant qui revient à l’ordre du jours. Certes, le Mali a une potentielle minière énorme, mais il demeurera à la traîne dans ce domaine tant qu’une véritable chaine de valeur n’est pas construite autour de ce secteur.

Cela passe par la création d’écoles d’industrie et des mines, des raffineries, de l’encadrement de l’orpaillage qui cause une perte énorme aux recettes publiques, de la mise en œuvre d’un code minier moderne et en phase avec les réalités locales, de l’augmentation des capacités d’exploration minière, mais aussi et surtout, du renforcement de la puissance de l’Etat quant à la conception d’une « fiscalité minière » pouvant être vecteur de croissance inclusive pour la population malienne.

Ces mesures doivent être réfléchies dans le cadre des propositions de solution pour la sortie de la crise multidimensionnelle actuelle. C’est une question de modèle de développement économique, donc de survie intergénérationnelle !

Khalid DEMBELE, Economiste Chercheur

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