Restitution des véhicules publics : nécessité ou coup de com’ du CNSP ?

 Dans un communiqué du Comité national pour le salut public (CNSP), la junte militaire au pouvoir depuis le 18 août 2020, en date du dimanche dernier, instruction a été donnée aux anciens députés et ministres de rendre les macarons et véhicules de service à la Direction générale de l’administration des biens de l’État (DGAB) au plus tard, le mardi 8 septembre 2020. Une décision, salutaire et très courageuse, qui doit s’étendre aux autres anciens commis de l’Etat qui continuent d’utiliser les véhicules publics à des fins personnelles.

A l’expiration de ce délai, il revient qu’une centaine de véhicules de fonction, des anciens ministres et des députés de la dernière législature, a été réceptionnée. Cependant, les gestionnaires du parc automobile de l’Etat s’inquiètent du fait que les anciens responsables du pays aient délibérément choisi de ne pas remettre ce qu’on appelle, communément, les véhicules de domicile des ministres. Est-ce qu’une mauvaise interprétation du communiqué du CNSP ou une façon délibérée de s’approprier lesdits véhicules qui servent de moyens de déplacement pour les courses familiales ?

Il existe un flou sur la réglementation des attributions des véhicules aux agents de l’Etat. Après qu’il ait été révélé que le ministre sortant Yaya Sangaré détenait à lui seul 5 véhicules, l’indignation a atteint son comble dans l’opinion publique. Les véhicules officiels de service coûte chers à l’Etat du Mali. De leur achat à leur entretien, ces grosses cylindrées finissent très souvent, par le truchement des « réformes » ou par des coups de force, restent entre les mains de leurs détenteurs même après leur fonction.

Dans le contexte de la refondation du Mali, d’aucuns espèrent que le système d’attribution des véhicules de service, et plus globalement des biens de l’Etat, sera revu pour permettre à l’Etat de faire des économies considérables. En effet, quand on sait que le coup d’État contre le président IBK a été justifié par la mauvaise gestion de l’État, il urge de trouver les voies et moyens pour moraliser cette gestion publique.

« Pour que ce pays se développe, il ne faut pas qu’on l’aime par nos lèvres, mais on doit forcément l’aimer par nos cœur », dit Sékou Samaké, enseignant. Et de s’interroger : « Comment fait-il que dans nos ministères, on peut trouver souvent 10 Toyota V8, avec un coût unitaire de près de 40 millions de FCFA ; et combien l’État débourse en carburant et entretien de ces véhicules, des milliards de FCFA. Je vous jure, le Mali est loin d’être un pays pauvre, mais seulement il est mal géré par les intellectuels et politiciens du pays ».

Par ailleurs, suggère-t-il, après les anciens députés et ministres, qu’il soit instruit aux anciens secrétaires généraux, conseillers techniques, chargés de mission, directeurs nationaux, directeurs généraux aussi de restituer les véhicules de l’Etat qu’ils continuent d’utiliser comme si c’était leur propriété privée.

En tous les cas, il curieux que le CNSP ait exigé ce retour des véhicules des ministres avant qu’il ne soit installé un nouveau gouvernement. Est-ce un acte populiste ou une nécessité de service ?

Seydou K. KONE

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