Gouvernement de transition : le CNSP se taille la part du lion

Annoncé depuis le mardi 29 août 2020, le surlendemain de la nomination du Premier ministre, le gouvernement de transition a finalement été dévoilé, ce 5 octobre 2020.

Si sa taille, 25 ministres, est conforme aux directives édictées par la charte de la transition, son fond est tout autre avec une composition qui a insisté sur l’ouverture à tous, sauf aux anciens du régime déchu, au détriment d’une équipe de mission.

 La part du lion

A vue d’œil, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) s’est taillé la part du lion, avec les 5 premiers ministères en termes de préséance, dont 4 départements de souveraineté : ministre de la Défense et des anciens Combattants : le colonel Sadio Camara (2e vice-président du CNSP) ; ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le lieutenant-colonel Abdoulaye Maïga (membre du CNSP) ; ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le colonel Modibo Koné (3e vice-président du CNSP) : ministre la Réconciliation nationale, le colonel Major Ismaël Wagué (Porte-parole du CNSP).

Une question reste en suspens, quid du Colonel Diaw, qui a donné le sentiment d’être le vrai cerveau du CNSP ?

 Les technocrates

La deuxième caractéristique de cette équipe gouvernementale est l’absence des représentants de partis politiques et la forte représentativité des technocrates réputés pour leur intégrité et leurs compétences.

Il s’agit entre autres de : Mohamed Sida Dicko, magistrat très rigoureux sur le respect de la loi, nommé ministre de la Justice, Garde des Sceaux. Au ministre des Transports et des infrastructures, Makan Fily Dabo, ancien secrétaire général de ce même département, non moins doyen des secrétaires généraux, prend les rênes. A la Communication et l’économie numérique, c’est Dr Hamadoun Touré, ancien secrétaire général de l’Union internationale des télécommunications et candidat malheureux à la présidentielle de 2013 qui est annoncé. Il a été fait le choix sur deux Professeurs émérites pour le secteur de l’enseignement. D’abord, Pr Doulaye Konaté (historien) à l’Education nationale et Pr Amadou Keïta, ancien Directeur de l’ENA et Coordinateur du Laboratoire de recherche LaGOSS est le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Dr Fanta Siby, ancienne directrice régionale de santé du District de Bamako, est la nouvelle ministre de la santé et du développement social.

 Les vieux dinosaures

Autres faits marquants de ce nouveau gouvernement, le retour de certains vieux dinosaures : ministre des affaires étrangères et de la Coopération internationale, Zeyni Moulaye, ancien ministre sous Moussa Traoré ; ministre des affaires foncières, de l’urbanisme et de l’habitat, Dionké Diarra, ancien directeur des impôts sous Alpha ; ministre de l’Industrie, du commerce et de la promotion des investissements, c’est M. Arouna Niang, ancien directeur de cabinet du Premier ministre de la transition de 1991, Soumana Sako qui sera en charge.

 Les groupes armés

Il est à noter également la présence des représentants des mouvements armés : ministre du Travail et de la Fonction publique, Porte-parole du gouvernement, Me Harouna Mahamadou Touréh (Plateforme) ; ministre de la Jeunesse et des Sports, Moussa Ag Attaher (CMA).

Ainsi que les représentants des communautés du Nord du Mali : ministre de l’Agriculture, de l’élevage et de la pêche, Mahmoud Ould Mohamed ; ministre des Maliens de l’extérieur et de l’intégration africaine, Al Hamdou Ag Ilène, actuel gouverneur de Nioro du Sahel, ex-gouverneur de Kidal sous ATT et ancien ambassadeur du Mali au Niger, pendant la transition de 2012.

Les faits du hasard

Trois nominations ne passent pas inaperçues : ministre de la Culture, de l’artisanat et du tourisme, Mme Kadiatou Konaré, fille de l’ancien Président Alpha Oumar Konaré, épouse de Tiébilé Dramé, président du PARENA, ancien ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale du Président IBK jusqu’à sa chute le 18 août 2020.

Ministre de la Promotion de la femme, de l’enfant et de la famille, Mme Bintou Founé Samaké, sœur jumelle de l’ancienne ministre de l’Enseignement supérieur sous IBK, Migan Assétou Founé Samaké .

Ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, Mohamed Salia Touré, ancien président du CNJ (Conseil national de la jeunesse), un jeune très proche de l’imam Mahmoud Dicko, plusieurs fois pressenti comme ministre.

Les anonymes

La liste est complétée par des anonymes d’horizons divers : ministre de la Refondation de l’Etat chargé des relations avec les institutions, Mohamed Coulibaly ; ministre de l’Economie et des Finances, Alfousseyni Sanou ; ministre de l’Environnement, de l’assainissement et du développement durable : Mme Bernadette Keïta ; ministre des Mines, de l’Energie et l’eau, Lamine Seydou Traoré ; ministre des Affaires religieuses et du Culte, Dr Mahamadou Koné.

En tout cas, si dans ce gouvernement, il n’y aura pas d’empiétement entre les départements ministériels, au regard de leur composition, nombreux sont les observateurs qui se demandent déjà quelles seront les domaines de compétence du ministre de la Défense et celui de la Sécurité, avec la présence du vice-président de la transition, chargé des questions de défense et de sécurité ?

Sékou CAMARA

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