Mali: la libération de Soumaila Cissé suscite des inquiétudes

La libération le 8 octobre dernier de l’otage malien le plus médiatisé Soumaïla Cissé suscite des interrogations au Mali et en France. A Bamako comme à Paris, les termes de l’accord ayant abouti à la mise en liberté de l’opposant politique, de l’humanitaire française Sophie Pétronin et les deux otages italiens ne sont pas clairement cernés. La monnaie d’échange est capitale : 180 présumés djihadistes, 10 millions d’euro, selon les révélations de Jeune Afrique.

Parmi les prisonniers remis dans la nature, une bonne vingtaine d’éléments sont présentés comme des lieutenants aguerris, impliqués dans plusieurs attentats au Mali, au Burkina, en Côte d’Ivoire entre autres.

Si c’est le début d’un processus de négociation en vue de parvenir à un accord avec les groupes djihadistes qui opèrent au Mali, l’opération peut être un bon signal. Dans le cas escient, « c’est un péril » pour la région comme l’a commenté un sénateur français sur Radio France internationale. Selon la dernière hypothèse l’opération risque de booster les capacités logistiques et opérationnelles du groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, la coalition dirigée par Iyad AG Ghaly, soupçonnée d’être le ravisseur des otages libérés, qui comptent, selon nos informations plus que 4 prisonniers car des militaires maliens ont vraisemblablement été libérés discrètement dans le cadre du même échange.

Depuis des mois, le GSIM et l’Etat islamique au sahel se livrent une guerre sans merci pour le contrôle de positions, notamment dans la zone des trois frontières. Des pertes humaines et matérielles sont déplorées de part et d’autres. Cette libération spéctaculaire de présumés djihadistes pourrait être une bouffée d’oxygène pour le GSIM, acculée par l’intensification de la lutte de la force française Barkhane et la riposte vigoureuse de l’armée malienne depuis le renversement de l’ancien régime, le 18 aout.

Au sein des communautés assiégées, ce succès pourrait motiver à grossir les rangs des groupes extrémistes, avec l’espoir de recouvrir la liberté lors d’échanges de prisonniers, qui s’annonce comme cycle itératif dans la lutte contre le terrorisme au sahel. Il y a également le risque que cette situation n’alimente l’économie florissante de la violence dans la région, avec la promotion du rapt de personnalités publiques locales. Jusque-là, les otages de valeur étaient occidentaux ou les personnes étrangères à la région. Mais avec cet arrangement fructueux, le kidnapping de personnalités politiques risque de devenir une spirale dans un contexte électoral dense.

Cependant, des libérations de prisonniers en grand nombre font partie des processus de résolution des conflits et de normalisation des relations entre les états et les groupes armés, qui s’étendent sur la durée. Si telle est la démarche des nouvelles autorités, pour en finir avec une guerre, dont personne ne semble plus vouloir, on peut dire que c’est bien parti.

Mais les inconnus de cette équation ne permettent toutefois pas de conclure à la volonté des groupes extrémistes d’aller vers un processus de normalisation ou tout au moins à un accord de non-agression ou une trêve. Comme c’est le cas avec d’autres pays de la région.

Il reste que, pour nombre d’analystes, le Mali sort perdant dans ces négociations. Pour eux les prisonniers remis en liberté risquent de se retourner contre l’armée malienne en réactivant toutes leurs cellules dans la région. La France animée par l’orgueil de libérer, le dernier otage française dans le monde et les nouvelles autorités maliennes en mal de légitimité espèrent capitaliser sur la libération de Soumaila Cissé. Le véritable enjeu aujourd’hui c’est le sort de nombreux autres otages civils et militaires aux mains des groupes djihadistes. Bénéficieront-ils d’un élargissement pareil

 

Aly Bocoum

 

 

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