Soumaila Cissé : de l’empathie à l’antipathie

Au soir du jeudi 08 octobre 2020, Soumaila Cissé, président de l’URD, kidnappé le 25 mars dernier, a été libéré, avec trois autres otages occidentaux dont la française Sophie Petronin, et deux Italiens, le père Ligui Macciali et Nicola Chiachio.

Si cette libération a créé un sentiment de joie au sein de la population malienne, il n’en demeure pas moins que les premières déclarations du célèbre désormais ex-otage politique et les attaques terroristes qui s’en sont suivies, suscitent auprès de certains maliens de très vives inquiétudes.

En effet, au-delà de l’allégresse de cette libération, des interrogations demeurent sur son obtention au prix d’un échange contre de plus de 200 terroristes détenus pour des actes odieux commis contre les militaires et civils maliens, et du paiement d’une forte rançon de plus de 10 millions d’euros soit plus de 6,5 milliards de FCFA, par les autorités maliennes, même si pour l’heure on ignore la provenance de cette somme.

Au-delà, ce sont les premières sorties de Soumaïla Cissé lui-même qui ont vite fait de renverser la tendance de sa popularité d’ex otage. En effet, l’on lui reproche, une forme d’ingratitude envers non seulement son défunt garde-corps mort lors de son enlèvement, mais également des autorités du régime déchu qui ont engagé les négociations pour sa libération.

Bien qu’ayant mené une serie d’actions pour corriger le tir, Soumaïla Cissé est victime d’un acharnement sur les réseaux sociaux comme si la campagne électorale avait déjà commencé.

Pour ne rien arranger, le Mali a enregistré, dans la nuit du 12 au 13 octobre 2020, moins d’une semaine après leur libération, une attaque terroriste contre le poste FAMa de Sokoura dans le cercle de Bankass. Le bilan provisoire fait état de 9 morts et des blessés. Pire, le renfort dépêché sur les lieux est tombé en embuscade et a été victime d’une attaque terroriste d’engin explosif improvisé au niveau du pont de Parou dans la même localité, le 13 octobre 2020 aux environs de 8h30. Le bilan provisoire de cette attaque fait état de 3 morts, 10 blessés côté FAMa et des disparus. Côté ennemi, il a été dénombré 9 terroristes tués.

La question qui est sur toutes les lèvres est de savoir si ces attaques ont un lien direct ou même indirect avec la libération de 200 terroristes aguerris.

Certes la réponse se fait toujours attendre, mais pour beaucoup d’observateurs, il faut s’attendre au pire, car ces terroristes libérés en contrepartie des 4 ex-otages, sont des vrais guerriers des réseaux terroristes affiliés à l’Aqmi.

« Ce sont de vrais ennemis de la paix. Donc l’armée malienne et les populations civiles du Centre et du Nord pourraient en faire les frais. C’est pourquoi, cette libération constitue un grand danger pour la sécurité dans notre pays », prévient cet observateur averti de la crise sécuritaire sous anonymat.

Il est vrai que l’attitude du président de l’URD a étonné plus d’un. Ses tournées médiatiques (sur les émdias nationaux et internaux) moins de 24h après son retour ont intrigué d’autant plus que certaines maladresses ont été relevées dans certaines de ses réponses. Ainsi, invité de RFI, à la question : « Est-ce que selon vous le régime précédent en a fait assez pour obtenir votre libération ? », il répondra que « c’est comme au football, on retient celui qui a marqué le but. Et là, c’est la junte actuelle qui a marqué le but. Celui qui donne la dernière passe, comme on dit la passe décisive, on l’oublie très vite. Donc, aujourd’hui, c’est le régime actuel qui a réussi la libération. Maintenant est-ce que la bagarre derrière a été décisive ? Je crois qu’il faut aussi écouter et leur donner crédit, qu’eux aussi ont voulu faire quelque chose ». Il précisera cependant qu’il reste conscient que négocier n’est pas facile.

Sur la nature de l’échange qui a permis son retour par les siens, Soumaïla Cissé a gardé une ambiguïté, à la fois compréhensive et dérangeante. « Je ne vais pas dire : ne libérez pas les djihadistes, je veux rester là-bas. Vous comprenez ma position dans ces cas-là. Cela se fait partout dans le monde. En Afghanistan, ils sont en train de le faire ; en Arabie saoudite, au Yémen, ils sont en train de le faire ; dans la Grande Guerre cela a été fait… Mais cela n’enlève pas à chacun, ses valeurs, ses positions et sa volonté d’en découdre ».

Au regard de l’histoire militante de ce chef de parti et de bien d’autres, la position face aux terroristes et aux méthodes de libération a effectivement changé. En 2014, après la libération de Serge Lazarevitch dans un échange similaire que maintenant, certains partis d’opposition dont celui de Soumaila Cissé, ont reproché au Président de l’époque d’avoir libérer des terroristes en échange de l’otage.

Aucun de ces partis, encore moins d’autres, n’a levé le petit doigt pour condamner l’échange de la libération de Soumaila Cissé contre plus de 200 terroristes.

Par ailleurs, apprend-on, il a fallu que Soumaila Cissé soit bien critiqué sur les réseaux sociaux pour qu’il appelle, le dimanche dernier, soit 3 jours après sa libération, le Président IBK en traitement à Dubaï pour le remercier des efforts consentis pour sa libération et lui souhaiter meilleure santé.

La Redaction

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