La miséricorde du peuple

La miséricorde du peuple

En 2010, le Mali célébrait avec faste son cinquantenaire, qui devait augurer de lendemains meilleurs à tous les niveaux. Le pays était en chantier car les infrastructures sortaient de terre. De même, il était en chantier car les bulldozers de la mauvaise gouvernance détruisaient l’espoir démocratique auquel s’accrochait tant son peuple. De 2010 à 2020, le travail des fossoyeurs de la Nation, et ensuite de la République, n’est pas prêt de s’arrêter. Pour autant, il faut la miséricorde du peuple pour continuer à espérer changer les choses.

Le slogan du nouveau Mali, crié à tort et à travers par tous comme une jouvence réparatrice de la virginité politique, ne suffira pas à mettre au placard une décennie désastreuse pour le Mali. On peut rétorquer à cette missive que le pays n’a jamais été aussi prêt des voies (insondables et impénétrables) du développement. Les voix qui portent cette contradiction n’ont sans doute pas tort puisque la quête palpable de la démocratie reste l’épanouissement réel ou supposé du peuple par la mécanique de la « semblance ». En ayant pour perspective de développement la fenêtre des infrastructures (pont, route, école etc.), notre pays a fait le choix assumé de se mettre des œillères sur la perspective de développement démocratique qui consacre une formation politique au peuple, en vue de lui permettre de participer pleinement à la vie de la nation.

En dix ans, des usines ont vu le jour, des routes ont eu le temps de vivre et de mourir, des échangeurs ont donné un autre visage à la Bamako et à certaines capitales régionales. En dix ans, l’école a rencontré le dieu de son mouroir, l’honneur et l’idéologie politiques ont arpenté les ponts de la transhumance, la sécurité (du latin securitas) a été un souci permanent, la religion interroge la laïcité, les religieux titillent le pouvoir. En dix ans, la jeunesse, face à la fulgurance de l’intégration technologique, s’amuse dans l’absolu à s’absoudre des pesanteurs socioculturelles, quitte à en payer le prix par une absence totale de repères. Ces derniers auraient dû être les aînés mais, en dix ans, ils ont été alpagués par la fulgurance de la corruption. Ce verbe transitif est un leurre quand on sait combien ils en sont les premiers penseurs et les premiers acteurs. Pas tous, certes, mais quoi que…

De 2010 à 2020, le peuple a cru. Le peuple s’est encroûté en faisant confiance en ses dirigeants. Ces derniers ont reçu mandat (ou non bien souvent) de réfléchir pour nous sortir de la crise. Des soupçons de fraude électorale aux coups d’Etat de 2012 et 2020, en passant par la mauvaise gouvernance enracinée, il faut croire que le mandat du peuple a été abusé à maintes reprises sans que ce dernier puisse réellement intervenir, sauf pour accorder sa miséricorde.

A présent, prions pour que le Tout Puissant accorde sa miséricorde à l’ensemble de nos disparus, des plus illustres aux anonymes.

Yacouba KEBE

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