Edito : Côte de popularité

 

Tous les régimes et toutes idéologiques politiques du monde ont compris que le substrat de l’action politique est de séduire une part importante de la population. Dans la démocratie comme dans le communisme, il est de bon aloi de convaincre par la force de l’argumentation l’opinion. Jadis, cette quête de la popularité se faisait sur la base d’une trame idéologique forte (socialisme, communisme, libéralisme etc.), qui laisse place aujourd’hui à une rhétorique vide.

En politique, il n’est plus important d’avoir des idées à défendre, il importe de se défendre.

Le champ politique malien est une parfaire illustration de cette perte de repère idéologique. Rares sont les partis politiques qui se tiennent à l’orientation définie dans leurs Statuts. Rares sont les acteurs politiques qui sont capables de se déterminer face aux grandes idéologies qui ont façonné la vie politique dans le monde.

La realpolitik justifie, pour ceux qui ont encore une once de culture idéologique, cette inversion des valeurs. Cette sorte de pragmatisme, poussée par le discours selon lequel notre peuple n’est pas prêt à recevoir l’intonation des idéologiques « lourdes », pousse à une culture de la personnalité politique au détriment, regrettable, des valeurs.

Il faut être populaire. Voici la seule injonction qui compte. Pour l’être, il faut tronquer le discours ; il faut manier la langue (qu’elle soit de Molière, ou Balla Fasseke Kouyate) ; il faut connaître et maîtriser les codes des nouveaux outils de communication et il faut accepter d’exister par tous les moyens au risque de périr médiatiquement.

Une fois que la valeur politique devient l’existence sous les projecteurs, les valeurs cardinales de notre Nation sont foulées au pied. Le mensonge, le reniement de la parole donnée, l’exposition d’une totale carence et d’une absence totale de culture politique ne choquent plus.

La côte de popularité est exacerbée par la capacité qu’ont acquis les maliens à la création diligente de « clubs de soutien ». Par ce truchement, Issa Kaou Djim, qui a reçu un véhicule et du carburant pour sillonner quelques localités du pays et mettre en place des clubs de soutien, se pense déjà « Homme d’Etat ». Par ce truchement, les Imams ont tous fait rentrer la vidéo dans leurs mosquées le vendredi. Ils ont plus d’abonnés sur Facebook que de fidèles. Par ce truchement, le treillis est tronqué contre le costume, des soutiens indéfectibles d’IBK veulent que la transition réussisse, à condition qu’ils soient coptés pour « aider la transition ».

Le Mali politique ne retrouvera du sens que quand, les « néopolitiques », appelés sous nos tropiques « activistes », recevront une vraie formation et une vraie inspiration de la culture politique. Ils pataugent de vidéo en vidéo pour caricaturer la force de la résistance sankarienne ou pour singer l’intelligence idéologique de Modibo Keïta. Cette imposture pour la popularité a de beaux jours devant elle car, nos populations n’ont, malheureusement, pas encore toute la culture politique pour faire le choix idéal.

KEBE

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