Le drapeau national sur Kidal : l’arbre est-il en train de cacher la forêt ?

 

Le jeudi 11 février, le Comité de suivi de l’Accord d’Alger (CSA) s’est retrouvé à Kidal pour faire le point sur le processus de mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale signé en 2015 ente le gouvernement du Mali et les ex-rebelles touareg. Regroupés au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad, les ex-rebelles sont les véritables maitres de Kidal depuis 2012. Il n’est donc pas étonnant de savoir que depuis six ans après la signature de l’accord, c’est la toute première fois que les partenaires de l’Accord d’Alger se réunissent à Kidal. Pour cette occasion, le drapeau malien a eu droit de flotter sur Kidal, pour une brève durée de vingt-quatre-heures. Est-ce là le signe que les lignes sont en train de bouger ? Ou encore un nouveau coup de théâtre à faire dormir debout ?

  1. Le drapeau : symbole de l’unité nationale

Le drapeau national est avant tout le symbole de l’unité nationale. A ce titre, ses couleurs sont le reflet de l’histoire et des valeurs de tout un peuple. Le drapeau évoque le patriotisme, le dévouement, l’unité du territoire et du gouvernement. Dans cet élan de compréhension, l’euphorie qui a accompagnée l’évènement du jeudi apparait presque naturelle pour tout le peuple malien qui n’aspire qu’à la paix et à la réconciliation.  C’est donc un acte hautement chargé symboliquement que de voir flotter sur Kidal le drapeau national. C’est le signe que l’espoir d’une paix retrouvée est toujours permis et que malgré le retard accusé dans l’application effective de l’Accord, les lignes sont quand même en train de bouger.  Bien que ce soit un acte purement symbolique, la montée des couleurs nationales à Kidal comporte deux messages politiques forts. D’abord, c’est la preuve que les actions posées par les parties, bien qu’insuffisantes, sont entrain de produire timidement des résultats. Ensuite, c’est un acte qui prouve par ailleurs, que les autorités de la transition sont en phase avec la communauté internationale sur le dossier « Kidal » et qu’ils partagent probablement la même lecture de la réalité sur le terrain.

  1. Au-delà du symbolique, une réalité amère sur le terrain

Sur le dossier « Kidal », il faudra tout faire pour que l’arbre ne puisse pas cacher la forêt. La présence du Comité de suivi de l’Accord à Kidal est certes un bon signe qui inaugure une phase nouvelle dans les relations entre les acteurs concernés. Néanmoins, la réalité du terrain exige que l’on garde les pieds sur terre afin de ne pas vite s’emballer dans un tourbillon d’émotion qui nous fera perdre de vue les vraies questions de fond.

A ce stade de stagnation du processus d’application de l’Accord, l’urgence n’est pas le suivi mais plutôt l’évaluation. Six ans après la signature de l’Accord, la logique voudrait qu’à un moment donné, le comité de suivi effectue une évaluation sur la pertinence des réponses apportées par les acteurs. La lenteur du processus est due en réalité aux comportements des acteurs. L’un des axes prioritaires de l’accord, la Démobilisation, le Désarmement et la Réinsertion (DDR) n’est qu’à sa phase première, six ans après la signature de l’Accord. Cette triste réalité explique d’ailleurs l’absence de l’armée nationale qui aurait dû être présente sur le terrain dans sa forme « reconstituée ».  Le gouverneur du Mali a été installé en 2020 à Kidal mais, malgré qu’il représente l’Etat malien, sa sécurité est garantie par les ex-rebelles de la CMA et des soldats de la Minusma.  Ces constats interviennent à un moment où une bonne partie des maliens réclament la relecture de l’Accord conformément aux résolutions du Dialogue National Inclusif (DNI). Allons-nous vers cette relecture nécessaire pour prendre en compte et intégrer dans l’accord les problématiques liées à la crise du centre ? A quand le retour effectif de l’administration publique dans la région de Kidal ? Quand est-ce que l’armée « reconstituée » sera déployée sur le terrain en vue de mieux protéger les citoyens et leurs biens ? Ces interrogations doivent trouver leurs réponses dans le choix des acteurs et la bonne volonté des partenaires pour une paix durable et une réelle réconciliation nationale.

B.DIAKITE, Politologue et K.DEMBELE, Economiste

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