SENEGAL : Les enjeux de la suppression du poste de Premier ministre

SENEGAL : Les enjeux de la suppression du poste de Premier ministre

Juste après sa réélection, le président Macky Sall surprend  toute la classe politique sénégalaise et même internationale en faisant savoir qu’il souhaitait réorganiser le pouvoir exécutif et supprimer le poste de Premier ministre. Un sujet qu’il n’avait pas  évoqué pendant sa campagne électorale pour la présidentielle de 2019. Il est important de savoir que cela conduira à un changement total de régime. Pour le président Macky sall, la suppression du poste de premier ministre serait «  une forme de consolidation de la démocratie ». Mais  il faudrait noter qu’en supprimant ce poste, on supprime toute possibilité de « vote  libre et fiable de l’Assemblé nationale ».

Pour Moustapha M’baye, politologue, cette réforme peut avoir de nombreux inconvénients. 22 articles de la constitution seront modifiés. Le président de la République n’aura plus de fusible. Il pourra être exposé voire débordé par les documents administratifs. Sans oublier les risques d’un excès de pouvoir entre les mains du président. La fonction des députés sera réduite à s’exprimer sur des questions d’actualité. Il n’y aura plus de déclaration de politique générale suivie de vote.

Le politologue ajoute que cette réforme pourrait poser des problèmes de bon fonctionnement de la démocratie. Car la démocratie, à l’en croire, c’est la séparation des pouvoirs, la redistribution des pouvoirs de manière équilibrée et le Sénégal a toujours été considéré comme un modèle de démocratie en Afrique. « Il est important pour le président de supprimer ce qui est un élément de contrôle afin d’avoir une exécution rapide des différents projets présentés. Ce qui parait insuffisant aux yeux de certains car après cette réforme, on change complètement de régime politique ce qui demande de nombreux sacrifice dans l’espace politique sénégalais ».

Moustapha M’baye explique que ce phénomène n’est pas nouveau dans le pays. « Nous nous souvenons de ce qui s’est passé avec la suppression du poste de Premier ministre en 1963. Et puis, entre 1983 et 1991. Même si ces cas-ci répondaient à des situations de crise ou à une situation de rivalité entre le Premier ministre et le président de la République.  Ce qui n’est le cas actuellement. Il n’y a donc aucune raison valable et aucune situation politique qui impose ce changement de régime. » Poursuit-il.

Pour terminer, Moustapha M’baye souligne que cette réforme n’a pas que des inconvénients et qu’elle pourra réduire les lenteurs constatées dans l’administration. Le président deviendra l’interlocuteur direct des ministres et pourra prendre son pouvoir de dissolution de l’Assemblé nationale, sans oublier que  l’Assemblé nationale ne pourra plus provoquer la démission du gouvernement, par vote de confiance ou motion de censure.

En somme, pour Maimouna Fall, spécialiste en communication politique au Sénégal, « le poste de premier ministre n’est pas assez important au Sénégal car « nous sommes dans un régime présidentiel », a-t-elle déclaré. Le plus important, pour les partisans de cette réforme, est que les dossiers seront supervisés par le président lui-même. Il sera donc en mesure de se consacrer à son deuxième et dernier mandat.

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