Viols au Mali : une réalité très préoccupante

Viols au Mali : une réalité très préoccupante

L’Afrique est championne du monde des viols si l’on en croit le dernier rapport des Nations-Unies sur les femmes. Chaque 31 juillet de l’année est célébrée la journée panafricaine de la femme. Occasion pour nous de nous intéresser au cas de viol sur le continent de façon générale et en particulier au Mali.

« On viole beaucoup plus en Afrique qu’ailleurs dans le monde ». C’est le principal enseignement de l’enquête des Nations unies « The World’s women 2015 : trends and statistics » publiée en avril 2016.

Selon ce rapport, aucun continent n’échappe totalement aux violences faites aux femmes, mais l’Afrique possède le taux de viol par habitant le plus élevé du monde. Plus de 37% des femmes, soit plus d’une Africaine sur trois, auraient subi des agressions sexuelles au cours de leur vie.

Selon les résultats de l’étude de l’ONU, ce sont les régions instables qui abritent les plus forts taux de viol par habitant. Le rapport précise néanmoins que « toutes les données ne sont pas disponibles dans les zones de conflit ».

Mais les conflits armés du continent, où le viol rime avec actes de guerre, ne justifient pas ces agressions. Les abus sont aussi commis dans les pays dits en paix. En Afrique du Sud, par exemple, les crimes sexuels sont endémiques. « Le nombre de viols et autres agressions sexuelles a augmenté malheureusement rapidement, notamment depuis le début des années 1990 », explique Claire San Filippo, responsable du bureau des droits des Femmes à la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH).

Là aussi, l’abus sexuel comme arme de poing en Afrique n’est pas seulement le fait de soldats sans vertu. Le viol est parfois commis dans la sphère familiale ou l’entourage proche. «Les violences sexuelles perpétrées par son partenaire sont beaucoup plus répandues que le viol commis par une personne tierce », peut-on lire dans le rapport des Nations unies.

L’impunité reste la norme

Pourquoi l’Afrique détient-elle ce triste record d’abus sexuels au monde ? « L’impunité est le mot-clé », explique Claire San Filippo, pour qui : « Les auteurs de crimes ne sont quasiment jamais poursuivis. Sans justice, les violences sexuelles ont tendance à se généraliser, non seulement dans la période de conflit, mais aussi au-delà». En République démocratique du Congo, par exemple, où le nombre de victimes reconnues s’élève à 500 000 depuis 1996, quelques avancées législatives et procès emblématiques ont été menés.

Les discriminations envers les femmes. « L’institutionnalisation de ces discriminations sexistes favorise la violence à l’égard des femmes, notamment les violences sexuelles. »

Combattre le viol passerait donc par la lutte contre les stéréotypes. «Faute d’équité, les victimes ont peur de se voir stigmatiser, elles ne vont pas porter plainte », déplore l’experte de la FIDH.

La violence à l’égard des femmes et des filles est l’une des violations des droits fondamentaux les plus fréquentes dans le monde. Elle ne connaît pas de frontières, qu’elles soient économiques, sociales ou géographiques.

À l’échelle mondiale, on estime qu’une femme sur trois sera victime de violences physiques ou sexuelles au cours de son existence.

Au Mali, 9 femmes sur 10 ont été, au moins une fois, victimes de violence soit physique, soit sexuelle ou tout simplement émotionnelle de la part de leur partenaire, l’homme qui partage leur vie. Ce problème est un défi pour les communautés qui doivent briser une culture du silence qui souvent maintient l’oppression, la discrimination et la servitude à l’égard des femmes.

Fanta Sékou Fofana, standardiste à la Présidence du Mali, la fille d’un conseiller spécial du président de la république du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, était mariée à un autre employé de la Présidence. Ce dernier l’a tuée dans une crise de jalousie, dans la nuit du 28 au 29 décembre 2017.

Autant de faits qui ont médiatisé ce crime et poussé des Maliennes à se rassembler à Bamako contre les violences faites aux femmes. En effet, plus de 150 personnes autour du Collectif des Amazones se sont mobilisées pour réclamer des mesures en faveur de la protection des femmes, le mardi 2 janvier 2018, à la Pyramide du souvenir de Bamako, pour dénoncer les violences conjugales.

Le Mali est un pays en proie à des conflits internes très violents, en particulier dans les régions du Nord, où les statistiques sont complexes à établir et semblent ne pas refléter l’ampleur des « violences basées sur le genre ».

Selon ONU Femmes, en 2015, «le Mali a enregistré 1 468 cas déclarés. Des violences physiques, au déni de ressources, jusqu’aux violences psychologiques, les femmes maliennes font face à plus de 20 types de violences régulières« .

Salif Zonou, coordinateur général de l’ONG « Femmes battues» du Mali, souligne « que le modèle anthropologique universel des violences servant à établir la domination masculine part en principe d’une collusion erronée entre différence et hiérarchie, la différence des sexes (base de l’altérité) n’impliquant pas une hiérarchie entre eux ». Et poursuit l’anthropologue, « nous ne vivons pas la guerre des sexes, mais le fait que les deux sexes sont victimes d’un système de représentations vieux de plusieurs millénaires ».

Selon les Nations Unies, 70% de femmes dans le monde sont victimes de violences au cours de leur vie et une femme sur cinq est victime de viol ou de tentative de viol ; plus de 130 millions de filles et de femmes ont subi des mutilations génitales, principalement en Afrique.

Au Mali, 54,54% de femmes sont victimes d’abus psychologique, 50,24% des violences économiques, et 24% ont été victimes de mutilations génitales féminines.

Selon une étude concernant les violences faites aux femmes au Mali, en 2011, les statistiques démontrent qu’au niveau national : 55% des femmes (de 15-50 ans) ont déjà subi différentes formes de violence au-moins depuis l’âge de 15 ans, 20% des femmes ont été forcées d’avoir leur premier rapport sexuel, 14% des femmes ont déclaré avoir subis des violences pendant qu’elles étaient enceintes, 29% des femmes déclarent avoir été victimes d’actes de violences sexuelles à n’importe quel moment de leur vie.

Dans le couple : 45% des femmes ont subis des violences physiques, 20% des violences sexuelles et 42% des violences morales…

Il est aussi à signaler que : 51,4% des actes violents ont été commis par les maris et/ou partenaires, 48% des victimes déclarent n’avoir jamais recherché de l’aide, 39% des victimes n’ont jamais parlé à personne de la violence qu’elles subissent ou qu’elles ont vécus.

Par conséquent, les types de violence rencontrés au Mali sont :  les violences physiques; les violences verbales; les violences émotionnelles ou psychologiques; les violences économiques.
Les pratiques culturelles néfastes (les Mutilations Génitales Féminines (MGF), le mariage forcé, le mariage précoce.

Les violences institutionnelles

Il peut aussi être ajouté comme violence culturelle au Mali le fait que la femme ne soit qu’une machine pour fabriquer les enfants. En effet, dès à bas âges, la fille est éduquée pour servir le garçon, petit qu’il soit, elle doit le servir. La femme n’a pas droit à la parole en public devant les hommes.

Dans la société Soninké, Peulh, Bambara, la virginité de la femme est une vertu obligatoire d’où le bannissement des filles-mère avec des méthodes hautement répressives et parfois inhumaines. La liberté féminine est constamment bafouée. Les filles sont l’objet de dénigrement et leur sexe avili par la complicité de la tradition, le corps de la femme est humilié dans son intégrité pour être enfin confisqué par l’homme (le chef de famille). Lorsqu’un homme meurt, sa femme doit subir des épreuves : Les rites de veuvages qui sont accompagnés des rites d’innocence. Il s’agit de justifier son innocence par des rites corporels. La femme étant considéré comme un bien familial, celle-ci devenant veuve est obligée de s’unir à l’un des hommes de sa belle-famille pour perpétuer la lignée.

La plupart de ces actes de violence sont perpétrés par une personne connue du survivant, et nombre d’incidents sont prémédités. Généralement, certaines violences ont perpétrées par des personnes connues et proches des victimes. Et très souvent, ce sont les familles ou les proches qui tolèrent ces violences et rendant ainsi la dénonciation difficile.

L’action des pouvoirs publics

Les violences faites aux femmes font parties des priorités nationales au niveau institutionnel central et décentralisé. En effet, ces dernières années, des efforts considérables ont été enregistrés: réflexions qui ont conduit à un nouveau contenu du code pénal, la politique nationale sur le genre a été adoptée, pour faire la promotion de la femme à tous les niveaux de l’administration publique et privées et à des postes de commandement, l’implication des femmes dans la lutte pour leur autonomisation.

En dépit des efforts consentis, la condition de la femme malienne est faite de violences. De la sous-scolarisation des filles au septentrion, à l’accès difficile des femmes à des postes de responsabilité, au crédit, au foncier et aux biens de production de façon générale, en comparaison aux hommes.

Au regard de cette situation, «personne ne doit être blâmé pour le problème, mais chacun de nous est responsable pour la solution». Ainsi, il est important qu’ensemble, nous nous engagions pour une société non-violente, égalitaire et respectueuse des droits humains.

Paul Y. N’GUESSAN

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