Transfert d’argent : les coûts plus onéreux pour l’Afrique

Les frais de transfert d’argent vers l’Afrique sont les plus couteux au monde. Le constat est établi par le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, et corroboré par plusieurs banques établies au Mali. Si cette situation était une préoccupation majeure des migrants et les centaines de millions de familles en Afrique, elle l’est encore plus avec la pandémie de la Covid-19.

Les services de transfert monétaire ont le libre arbitre de fixer leurs prix, qui peuvent varier en fonction de l’environnement de la concurrence. Les principales agences de transfert à destination de l’Afrique sont : Western Union, Money Gram, ou encore Wari. Les frais à destination de l’Afrique de l’ouest, coutent entre 9 et 10% des sommes transférées.

Des chiffres assez lourds qui compromettent l’objectif de 3% que s’est fixé le FMI pour atteindre ses objectifs de développement durable, sur le volet des envois des expatriés vers leurs pays d’origine.

Pour envoyer 40 euros (26 200 francs CFA) depuis l’Europe par Western Union, l’agence propose à l’expéditeur établi en France par exemple 5 euros, soit 3274 francs CFA.

A titre comparatif, pour un transfert de 200 dollars soit (120 000 francs CFA) à destination de l’Afrique, un autochtone paiera 9% de l’argent expédié. Un pourcentage considérablement plus cher que les (5%) que s’acquittera un expatrié de l’Asie du Sud-Est.

Si les agences de transfert se frottent les mains avec la hausse des prix, les caisses des différents Etats n’en font pas moins grâce aux impositions fiscales. En février 2013, la commission européenne a adopté le projet de Taxe sur les transactions financières (TTF).

Selon l’« institut finance pour tous », la (TTF) est en application en France, depuis le 1er aout 2012. Mieux, cette taxe qui fut « fixée à 0,2% des transactions concernées lors de la première année de son application, en 2012, s’est projetée à 0,3% le 1er janvier 2017 », précise une note de « Finance pour tous ». Les Etats, réunis au sein de la commission européenne, gagnent aussi dans les différentes transactions. Et encore, chaque Etat perçoit au niveau du fisc, des recettes tirées de l’imposition sur les transactions à l’étranger, qui méritent, selon l’Organisation des Nations unies, d’être abrégées pour obtenir des résultats significatifs en matière des ODD.

La contribution de ces transferts de fonds vers l’Afrique est considérable. Selon les Statistiques de la Banque Mondiale en 2019, les sommes envoyées par les travailleurs migrants dans leurs pays d’origine représentaient jusqu’à 1/3 de l’économie de certains pays pauvres. Ces fonds étaient estimés en 2019 par la Banque Mondiale, à 554 milliards de dollars, et seront de 445 milliards de dollars cette année à cause de la Covid-19. Ces chiffres dépassent le total des investissements directs étrangers dans les pays en voie de développement.

La hausse des transferts pourrait être revue à la base si des services financiers numériques de moindres frais sont mis en place, afin de faciliter les remises migratoires et de réduire leur coût. Ensuite, la possibilité d’offrir l’opportunité de la « bi-bancarisation » aux expatriés africains, afin de leur permettre d’avoir un compte dans leurs pays d’origine, et un autre dans leur pays d’accueil, serait également une perspective d’espoir, pour réduire les frais de transfert.

Des solutions justes méritent d’être envisagées. Cela d’autant plus que, la cherté des coûts de transferts vers l’Afrique ouvre la voie aux transferts informels vers le Continent. C’est-à-dire, les envois d’argent en espèces par l’entremise de connaissances qui voyagent avec des liquidités pour faire parvenir l’argent à leurs destinataires sur le Continent. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ces frais informels, en fonction des régions, pourraient représenter « 35 à 50% des flux » de transferts comptabilisés (554 milliards de dollars en 2019 et 445 milliards de dollars 2020).

 

Ousmane Tangara

 

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