Administration publique : Oui, mon colonel !

Administration publique : Oui, mon colonel !

 

La transition malienne poursuit sa marche ambivalente et distordue vers, à la fois, les réformes et l’organisation des élections générales. Après 9 mois, il est fait que le constat que chaque escale donne lieu à la nomination d’un homme en arme dans un point de l’administration comme pour marquer la conquête de ce point névralgique et avancer plus sereinement.

La stratégie militaire du « piquet d’honneur » (détachement de soldats constitué spécialement pour un service particulier), fait grincer des dents. À chaque conseil des ministres sont lot de nomination de colonels, de lieutenant-colonel, de commandant. Les dernières en date (concernant le secteur de la Santé) ont vu des mouvements spontanés de refus des médecins de Gabriel Toure et une série de troll dont seul internet a le secret.

À la question de savoir pourquoi la ministre de la ministre (comme d’autres ministres d’ailleurs) se tourne vers des profils de médecin militaire pour des services publics et civils, la réponse est sans ambages. Les hommes fort de l’Etat de transition disposent de curriculum vitæ dans leur rang qu’il faut caser en raison de leur soutien, sans doute, au coup d’état du 18 août. De plus, certains ministres doivent leur nomination aux accointances avec les militaires du défunt CNSP, d’où leur devoir de redevance qui se traduit par ce OUI, MON COLONEL.

La référence à Amadou Hampâté Ba, avec son roman autobiographique « Oui, Mon Commandant », souligne ce caractère insaisissable de notre administration comme un héritage de l’époque du colon, qui faisait et défaisait la chaîne administrative à sa guise.

Pour 18 mois de mission, le commandant militaire s’investit pleinement dans la gestion administrative avec comme arrière-pensée que la droiture militaire permettra de faire avancer les services publics.

Le leurre s’embourbe dans la réalité de la machine administrative qui veut que le système sache toujours contourner la volonté d’un seul homme. Le « Oui, mon colonel » des ministres ne sera pas un blanc-seing des agents et du personnel.

Le refus d’obéir s’expliquera aussi par le fait que les structures qui accueillent les colonels sont, pour certaines, réputées pour tourner sereinement et pour être des vaches à lait de l’Etat. Une suspicion de la nomination de complaisance existe à ce niveau.

La transition ne peut se permettre un bras de fer entre les premiers responsables des structures et les agents de l’Etat, en charge de la continuité du service public.

Y. KEBE

 

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