Démocratie au Mali : La Politique de la courbette fait tâche d’huile

Démocratie au Mali : La Politique de la courbette fait tâche d’huile

 

Le Mali des grands hommes et des fiers combattants a pris la poudre d’escampette face à l’humiliation de la démocratie armée et de la politique de la courbette. Aucun responsable politique n’est suffisamment grand et fier pour dire non à un coup d’Etat éhonté.

Face aux événements du 24-25 mai 2021, deux faits sont d’une importance capitale pour cerner la nature des hommes qui nous dirigent et de ceux qui prétendent à un degré de patriotisme pour sauver le Mali.

Le premier fait est l’événement en lui-même, ou du moins dans son engrenage. Le coup de force contre Bah N’DAW est présenté comme un acte de bravoure par certains laudateurs, comme un acte de sauvetage du processus de la transition par son auteur lui-même. Le Mali a besoin de s’en convaincre parce que dans ce torrent de désastre, il est bon d’avoir une figure du héros. Sans être un repère, elle sera un coup de fouet au moral des maliens.

Le second fait, toujours lié au premier, réside dans la justification de l’acte d’arrestation du Président désigné et de son Premier ministre. Après la présentation de la situation, il a fallu justifier la situation. À ce niveau, les arguments s’enchaînent de même que les accusations contre le couple destitué sans vraiment convaincre. « Le Vice-président mis sur la touche par le Président de la Transition », est une situation improbable qui révèle au moins l’absence d’un État dans le sens de Machiavel, qui parle de « pouvoir central souverain ». Il n’y a pas de machine administrative au sommet de l’État et cela provoque un sévère rictus à nos alliés quand cette déliquescence est conçue uniquement pour le Nord.

Face à cet état de décadence de la démocratie, on est en droit de croire que les politiques et la justice seront le rempart. Le triste constat a été fait dans la semaine qui a suivi ce retour forcé de Assimi Goïta à la tête de l’exécutif.

S’excusant d’avoir eu des divergences avec Bah Ndaw et Moctar Ouane, nombre de politiques ont condamné sur le bout des lèvres, parfois non, ce énième coup d’Etat. Beaucoup, à commencer par le M5-RFP, sont entrés dans des calculs politiciens et n’ont pas hésité à faire la courbette face au nouvel homme fort. La Cour Constitutionnelle, dont le Président a été désigné en fonction de sa grande carrière, a été le garant de la forfaiture. En disant un droit minimaliste, en s’exonérant de la Constitution pour faire dire à la Charte de la Transition ce qu’elle ne dit pas, cette cour, à l’image de toute la justice malienne, est une traînée de l’Exécutif qui l’a met en mouvement dans le sens qu’il veut.

Un observateur avisé de la scène politique disait que l’Adema-PASJ, parti des luttes démocratiques avec d’autres, n’a jamais milité dans l’opposition. Il n’est donc pas surprenant que la transhumance, décriée de tous, se trouve aujourd’hui comme force motrice de la transition. Là où le pouvoir de l’argent ralliait les braves, celui des armes et des postes ministériels rallie les démocrates prêts à naviguer avec les auteurs de deux coups d’Etat.

Le M5-RFP, avec Choguel Maïga, se contentera d’une primature de 9 mois pour faire croire en un miracle. Le mensonge qui a prévalu hier pour remettre à la retraite Bah N’DAW, prévaudra sans doute demain pour demander une prolongation de la durée du mandant, afin d’avoir le temps de faire fructifier la politique de la courbette, qui n’est pas sans sacrifier son honneur.

 Y. KEBE

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